Rompre (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je romps, tu romps, il rompt; nous rompons. Je rompais. Je rompis. J'ai rompu. Je romprai. Je romprais. Romps. Que je rompe. Que je rompisse. Rompant. Rompu.") Séparer en deux parties, briser, mettre en pièces. "Rompre un bâton, une baguette. Rompre son pain. Un coup de vent a rompu le grand mât. Il ne faut pas trop charger cette poutre, de peur qu'elle ne vienne à se . Les essieux de la voiture se rompirent. Le fleuve rompit ses digues. Il menaçait de lui bras et jambes. Se une veine. Se une côte. Il fit un effort qui lui rompit les reins. En tombant de cheval, il s'est rompu le cou."
En termes de Joutes et de Tournois, "Rompre une lance, la lance," Briser une lance en courant ou en combattant contre quelqu'un. "Ils rompirent deux lances, trois lances."
Fig., "Rompre une lance, des lances avec quelqu'un, contre quelqu'un," Disputer en règle avec lui sur quelque sujet.
Fig., "Rompre une lance pour quelqu'un," Prendre le parti de quelqu'un, le défendre. "J'ai rompu bien des lances pour vous."
Fig., "Rompre en visière à quelqu'un," Lui dire en face et brusquement quelque chose de désagréable, le contredire en face. "Alceste, dans le Misanthrope, brûle de en visière à tout le genre humain."
Fig., "Rompre ses fers, ses chaînes," S'affranchir, s'évader, se mettre en liberté. "Rompre ses fers, ses chaînes, ses liens" signifie aussi Se dégager d'une passion, d'un attachement. "Il est délivré de cette passion, il a rompu ses chaînes, ses liens."
Fig., "Rompre la glace," Faire naître entre deux ou plusieurs personnes la sympathie, la cordialité qui manquait.
Fig., "Rompre la tête, les oreilles à quelqu'un," Faire trop de bruit autour de lui. "Ces enfants sont trop bruyants, ils me rompent la tête." Il signifie aussi importuner par des discours inutiles. "Vous nous rompez toujours les oreilles, la tête de la même chose."
"Rompre les chemins," Rendre les chemins impraticables. "Les pluies, le dégel, les charrois ont rompu les chemins." Il est vieux.
Fig., "Rompre le fil de son discours," Quitter tout à coup la suite de son discours et entrer dans un autre sujet. On dit aussi à un interrupteur : "Ne rompez pas le fil de mon discours."
Fig., "Rompre la paille." Voyez PAILLE.
En termes de Guerre, "Rompre la ligne ennemie," La briser, l'enfoncer, la mettre en désordre". La première ligne des ennemis fut rompue."
"Rompre le combat," Cesser la lutte et se retirer en bon ordre.
En termes militaires, "Rompre les faisceaux," Défaire les faisceaux en reprenant les fusils. "Rompez les faisceaux!"
"Rompre les rangs" se dit d'une Troupe qui reçoit de son chef la permission de ne plus garder les rangs. "Rompez les rangs!" On dit aussi absolument en ce sens Rompre. "Le colonel a donné l'ordre de . Un supérieur dit à un soldat qu'il congédie : Allez, rompez!"
En termes de Gravure, "Rompre une planche," La briser ou la rayer de manière qu'elle ne puisse plus servir.
ROMPRE signifie aussi Interrompre, arrêter, détourner. "Rompre le vent. Rompre le cours de l'eau. Rompre la vague."
"Rompre l'eau à un cheval," Inter un cheval quand il boit, l'obliger à boire à différentes reprises, ou encore Couper l'eau de l'abreuvoir avec la main. "Rompez l'eau à votre cheval, qui a trop chaud."
En termes de Chasse, "Rompre les chiens," Les arrêter, les empêcher de suivre une voie.
Fig., "Rompre les chiens," Inter une conversation ou une discussion que l'on juge mal engagée.
Fig., "Rompre le dessein, les desseins de quelqu'un," Empêcher qu'il n'exécute son dessein, qu'il ne réussisse dans les mesures qu'il avait prises.
Fig., "Rompre un enchantement," En détruire l'effet, s'en délivrer, ou en délivrer quelqu'un.
ROMPRE s'emploie au figuré en parlant d'Amitié, de relations, d'alliance, de traité, etc., et signifie Détruire, faire cesser, rendre nul. "Rompre une amitié. Rompre la paix. Rompre des négociations. Rompre les relations qu'on avait avec quelqu'un. Rompre tout commerce de lettres. Rompre un traité, une alliance, un marché."
"Rompre un mariage," Rompre un projet de mariage.
ROMPRE s'emploie absolument dans le sens de Renoncer à l'amitié, aux liaisons qu'on avait avec quelqu'un. "Ils ont rompu. Ils ont rompu ensemble. Ils ont rompu avec éclat. Il a rompu pour une bagatelle avec son meilleur ami."
Il signifie aussi figurément Interrompre". Rompre une conversation. Sa présence rompit notre entretien. Rompre l'équilibre."
"Rompre un tête-à-tête," Survenir entre deux personnes.
"Rompre le silence," Cesser de se taire.
"Rompre le pas," Cesser de marcher au pas.
"Rompre la mesure d'un vers, la cadence," Inter la régularité de la mesure, de la cadence.
En termes de Peinture, "Rompre une couleur," La mêler d'une autre couleur pour en adoucir l'éclat, pour varier l'effet. "Des tons rompus."
ROMPRE signifie encore figurément Manquer à une obligation, cesser pour toujours ou momentanément de la remplir. "Rompre le clôture religieuse. Rompre le carême. Rompre sa règle, ses voeux. Rompre son serment, ses engagements."
"Rompre le jeûne," Enfreindre la loi du jeûne, soit en prenant quelque nourriture avant l'heure prescrite, soit en usant d'aliments défendus.
"Rompre son ban," Ne pas garder son ban, sortir des lieux où l'on était relégué, rentrer dans le pays d'où l'on était banni.
ROMPRE signifie encore figurément Dresser, exercer, accoutumer, plier. "On l'a mis dans tel emploi pour le aux affaires, au travail. Rompre la main d'un jeune homme à l'écriture; le à l'écriture. Se à la fatigue, au travail, aux affaires."
ROMPRE est aussi verbe intransitif et signifie Se casser, se briser. "Ne chargez pas trop cette poutre, elle romprait. Son épée rompit à la poignée."
Prov. et fig., "Il vaut mieux plier que ," Il vaut mieux céder que de se perdre. On dit dans le même sens : "Il rompra plutôt que de plier," Il périra plutôt que de céder.
ROMPRE signifie, en termes d'Escrime, Reculer.
Le ROMPU s'emploie adjectivement. "Être rompu de fatigue," Être extrêmement fatigué. On dit absolument dans le même sens : "Être rompu."
"Avoir les jambes rompues," Avoir les jambes très fatiguées. "J'ai les jambes rompues à force de marcher."
Fig., "Être rompu aux affaires, aux calculs," etc., Y être fort exercé. On dit de même "Être rompu à faire une chose."
À BÂTONS ROMPUS, Locution adverbiale dont on se sert en parlant des Choses qui se font ou qui se disent avec de fréquentes interruptions et à diverses reprises. "Travailler à quelque chose à bâtons rompus. Je n'ai pu m'occuper de cette affaire qu'à bâtons rompus. Il ne m'en a parlé qu'à bâtons rompus."
À TOUT ROMPRE, Locution adverbiale dont on se sert pour exprimer la violence des applaudissements recueillis par un orateur, un acteur et en général un ouvrage lu ou prononcé en public. "Cet acteur, cet orateur a été applaudi à tout . On applaudit cette scène à tout rompre."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Mettre en fragments, enfoncer, démolir. Il m'a rompu les dents, sans m'en laisser une seule SACI, Bible, Jérém. Lament. III, 16.
JUVÉNAL DES URSINS: « Aussitôt il [Samson] rompit ces cordes comme on romprait un filet »
LA FONT.: « Voyez si vous z ces dards liés ensemble »
MOL.: « Depuis plus d'une semaine Je n'ai trouvé personne à qui les os ; La vertu de mon bras se perd dans le repos »
BOILEAU: « Tel Hercule filant rompait tous ses fuseaux »
BOILEAU: « [Athalie] Rit des faibles remparts de nos portes d'airain ; Pour les elle attend les fatales machines »
BUFF.: « Il faut vingt-six milliers pour une pièce de dix pieds de longueur sur huit pouces d'écarrissage »
DIDER.: « Le Nil rompait ses digues ; il se fit des ouvertures qui submergèrent une grande partie de la contrée »
A. DE MUSSET: « Rien que pour toucher sa mantille, De par tous les saints de Castille, On se ferait les os »
    Se un bras, une jambe, se les fracturer.
    Se une veine, éprouver la déchirure d'une veine.
FLÉCH.: « Il [Valentinien] se rompit une veine, et tomba demi-mort entre les bras de ses officiers »
    Se le cou, faire une chute dans laquelle on se tue ou se blesse grièvement.
MOL.: « Le traître assurément a reçu de l'argent de mes débiteurs pour me faire le cou »
SÉV.: « J'ai dix ou douze charpentiers en l'air.... qui sont à tous moments sur le point de se le cou »
    Fig. et familièrement. Rompre le cou à quelqu'un, lui faire perdre ses espérances de fortune, d'avancement.
    On dit dans le même sens : se le cou par sa mauvaise conduite, par son imprudence.
    Fig. Rompre l'anguille au genou, voy. ANGUILLE.
    Il rompra tout si on ne le marie, se dit ironiquement d'un fanfaron.

 2   Déchirer.
MOL.: « Le traître, l'autre jour, nous rompit de ses mains Un mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des Saints »
SÉV.: « Notre ami [Corbinelli] était sur un testament qu'il [Vardes] a rompu »
RAC.: « Elle a trois fois écrit, et, changeant de pensée, Trois fois elle a rompu sa lettre commencée »
    Terme d'imprimerie. Rompre une forme, séparer les lettres qui la composent, et les remettre dans leurs cassetins.
    Aujourd'hui on dit de préférence distribuer.
    Terme de gravure. Rompre une planche, la briser ou la rayer de manière qu'elle ne puisse plus servir.

 3   Terme de l'Écriture. Rompre le pain, faire la cène, la communion.
SACI: « Ayant rompu les pains, il les donna à ses disciples, afin qu'ils les présentassent au peuple »
FÉN.: « On dit que vous avez communié avec lui [Jacques Clément] en rompant tous une hostie »
    Fig. Rompre le pain de la parole de Dieu aux fidèles, prêcher la parole de Dieu.

 4   Dans les tournois et les anciens combats, une lance, la lance, briser une lance en courant ou en combattant contre quelqu'un.
    Fig. Rompre une lance avec quelqu'un, contre quelqu'un, disputer en règle avec lui sur quelque sujet.
SAINT-SIMON: « Tessé avait, dès l'arrivée de Catinat, rompu lance contre lui »
    Fig.
CONDIL.: « On vit les dialecticiens aller d'école en école des arguments, comme alors les chevaliers allaient de tournoi en tournoi des lances »
    Fig. Rompre une lance pour quelqu'un, prendre son parti dans une conversation, dans une dispute.
    Rompre en visière, briser une lance dans la visière.
    Fig. Rompre en visière à quelqu'un, lui dire en face et brusquement quelque chose.
BUSSY: « Je ne romps jamais en visière aux gens pour le bien, non plus que pour le mal que j'en veux dire »
MARIV.: « Ce chevalier était le même qui m'avait surpris chez la Remy, et qui semblait né pour me partout en visière »

 5   Rompre un condamné, avec une barre de fer les os des bras et des jambes à un condamné.
VOLT.: « Le vieillard Martin est rompu vif en attestant Dieu de son innocence jusqu'au dernier soupir »
BUFF.: « Aussi peu que je croirais l'histoire de la force de l'imagination de cette femme qui, ayant vu les membres à un criminel, mit au monde un enfant dont les membres étaient rompus »
    Absolument.
GUI PATIN: « On ne fait ici que pendre et »

 6   Gâter des voies de communication.
VAUGEL.: « Les chemins sont tout rompus des torrents »
PELLISSON: « L'on sait il y a quelques jours que les impériaux ont rompu leur pont sur le Mein »
SÉV.: « Il y pleut sans cesse [à Livry], et je crains fort que vos chemins.... ne soient rompus »
CH. DE SÉV.: « Il suffirait de deux ou trois chaussées près de la ville [Bourgneuf] pour en rendre toutes les avenues impraticables »
    Fig.
BOSSUET: « Il faut penser, chrétiens, que nous étions nés pour ne mourir pas ; et, si notre crime nous a séparés de cette source de vie immortelle, il n'a pas tellement rompu les canaux par lesquels elle coulait avec abondance.... »
    Rompre les ponts, les passages, les gués, etc. les rendre impraticables pour ne pas être poursuivi par l'ennemi.

 7   Fig. Rompre ses fers, ses chaînes, s'échapper de prison.
BOSSUET: « Mais où garder des lions [Condé et Conti] toujours prêts à leurs chaînes ? »
RAC.: « Rompez vos fers, Tribus captives »
    Rompre ses fers, ses chaînes, ses liens, se dégager d'une passion, d'un attachement.

 8   Rompre la glace, la casser, afin de faciliter le moyen de cheminer.
    Fig.
SÉV.: « Je vous ai souhaité un lot à la loterie, pour commencer à la glace de votre malheur ; cela se dit-il ? »
    Fig. Rompre la glace, affronter, surmonter les premières difficultés que présente une affaire.
SAINT-SIMON: « Boufflers.... rompit glaces et lances, et ne donna aucun repos au roi »
    Rompre la glace se dit aussi pour faire trêve à la froideur, aux compliments, et commencer à s'entretenir familièrement, confidentiellement.

 9   Fig. Rompre la paille, voy. PAILLE, n° 4.

 10   Fig. Rompre la tête, les oreilles à quelqu'un, le fatiguer par trop de bruit, ou l'importuner par des discours hors de saison.
RÉGNIER: « D'assez d'autres propos il me rompit la tête »
MOL.: « Ne me rompez pas davantage la tête »
SÉV.: « Je vous écrivis, mercredi, ma fille, assez confusément au milieu de deux ou trois personnes qui me rompaient la tête »
RAC.: « Dandin : Retirez-vous, vous êtes une bête. - Chicaneau : Monsieur, voulez-vous bien.... - Dandin : Vous me rompez la tête »
GENLIS: « Madame est malade ; je ne veux pas lui la tête de ces bagatelles »
    Se la tête à quelque chose, s'y appliquer trop fortement et inutilement.
    Rompre la tête, se dit aussi des choses qui fatiguent la tête.
SÉV.: « Hébert me mandait.... qu'elles [mes affaires] vous avaient bien rompu la tête »
VOLT.: « Un pauvre homme avec une Histoire générale sur les bras, et trente ouvriers qui lui rompent la tête, n'est guère en état de parler longtemps à ses amis »

 11   Terme de guerre. Rompre une troupe, l'enfoncer, la mettre en désordre.
ROTR.: « S'il vous souvient encor du combat où les Perses Eurent sitôt rompu les escadrons romains »
BOSSUET: « Trois fois le jeune vainqueur s'efforça de ces intrépides combattants »
BOSSUET: « Dans cette fameuse bataille [de Chéronée], pendant qu'il [Philippe] rompait les Athéniens »
ROLLIN: « Pyrrhus voyant que les Romains étaient rompus par ces animaux [les éléphants] Terme de marine. Rompre une ligne de vaisseaux, en détruire la disposition, y mettre le désordre. »
SÉV.: « Il [Tourville] présuma avec capacité que le vent.... obligerait les vaisseaux [ennemis] qui étaient à l'île d'Ouessant de sortir de ce poste, parce qu'il les repoussait et les rompait contre l'île »

 12   Terme militaire. Rompre les divisions, les pelotons, partager les divisions en pelotons et les pelotons en sections dans une colonne qui est en marche.
    Rompre le carré, reformer en colonne une troupe qui formait le carré.
    Rompre les rangs, ses rangs, ne plus garder les rangs.
STAËL: « La foule rompt ses rangs quand les chevaux sont passés »

 13   Congédier, renvoyer. Rompre une assemblée, une diète.
    Rompre le camp, renvoyer les troupes dans leurs quartiers.
    Rompre une armée, en renvoyer les différents corps.
ANQUET.: « Le duc d'Anjou rompit son armée à la fin de juin »
    Rompre une partie de jeu, la quitter.
    Rompre sa maison, son train, congédier son train, sa maison.
    Rompre sa table, cesser de tenir table.
    Rompre son ménage, cesser de tenir ménage.
    Être cause qu'une société se disperse.
MARMONTEL: « Un incident assez singulier rompit cette joyeuse société »
    Dans un sens analogue, un nombre de personnes, le diminuer, l'entamer.
SÉV.: « M. de la Vieuville est mort.... il a rompu le premier le nombre des chevaliers [de l'ordre du Saint-Esprit] »

 14   Au trictrac, son plein, être obligé de lever une des deux dames qui complètent chaque case du plein.

 15   Arrêter, détourner le mouvement droit d'une chose.
PELLISSON: « Rompant tous ensemble le cours de l'eau »
SÉV.: « Elle [une tour] n'était point mise là pour rien ; c'était un paravent, et elle rompait.... la première impétuosité [de la bise] »
BOSSUET: « Pour la violence de ses eaux trop impétueuses [de l'Euphrate] »
ROLLIN: « Ils rompaient l'effort du bélier avec des cordes qui en détournaient le coup »
VOLT.: « Il [Charles XII] s'élance dans la rivière, suivi de son régiment des gardes ; cette foule rompait l'impétuosité du flot ; mais on avait de l'eau jusqu'aux épaules »
BUFF.: « Nous savons, par notre art, diriger et les efforts de l'eau »
RAYNAL: « Batavia est situé dans l'enfoncement d'une baie profonde couverte par plusieurs îles de grandeur médiocre, qui rompent l'agitation de la mer »
    Par extension.
SÉV.: « Toute votre chambre me tue ; j'y ai fait mettre un paravent tout au milieu, pour un peu la vue »
    Rompre un coup, en amortir l'effet.
BUFF.: « Leurs jambes roides et paresseuses [de l'unau et de l'aï] n'ont pas le temps [dans une chute] de s'étendre pour le coup »
    Aux jeux de dés le coup, arrêter, détourner une chance des dés en les empêchant de rouler librement.
    On die de même : le dé.
    Fig. Rompre le dé, interrompre.
SCARR.: « Tout le monde ensemble ne retiendra pas un grand parleur auprès d'un autre qui lui aura rompu le dé »
    Fig. Rompre un coup, le coup, empêcher d'avoir lieu, prévenir.
MALH.: « ....Et que le plus souvent ils [les dieux] nous secourent si à propos qu'ils rompent le coup à de grands inconvénients qui étaient préparés pour nous arriver »
CORN.: « Il faut ce coup qui me serait fatal »
MÉZERAY: « Le cardinal de Tournon rompit habilement un si dangereux coup »

 16   Terme d'escrime. Rompre la mesure à son adversaire, le mettre hors d'état de porter le coup qu'il voulait.
    Rompre la mesure, reculer en parant.
    Rompre la semelle, reculer de la longueur du pied.

 17   Rompre les chiens, les rappeler et leur faire quitter ce qu'ils chassent.
LA FONT.: « Les clefs de meute parvenues à l'endroit où pour mort le traître se pendit, Remplirent l'air de cris : leur maître les rompit, Bien que de leurs abois ils perçassent les nues »
DANGEAU: « Le 16 janv. 1686 : Monseigneur courut le loup, et fit les chiens à dix grandes lieues d'ici ; il revint assez à temps pour être à la comédie »
    Fig. et familièrement. Rompre les chiens, inter un discours qui pourrait avoir quelque inconvénient. Il a heureusement rompu les chiens.
    Il se dit aussi pour ne pas accepter, ne pas croire.
LA FONT.: « Mais le mari, qui se doutait du tour, Rompait les chiens, ne manquant au retour D'imposer mains sur Mme Féronde »

 18   Terme de dioptrique. Synonyme de réfracter. Tous les corps transparents ont la propriété de les rayons de lumière qui les traversent.

 19   Terme de peinture. Rompre les couleurs, les mêler pour en adoucir l'éclat.

 20   Terme rural. Rompre une terre, la labourer pour la première fois après un long chômage. Rompre un pré.

 21   Terme de brasserie. Rompre la couche, remuer les grains dans le germoir.
    Rompre trop jeune, retirer le grain du germoir avant qu'il soit assez avancée.

 22   Rompre la laine, faire le mélange des laines de différentes couleurs que l'on veut employer à la fabrication des draps mélangés.

 23   Interrompre.
CORN.: « J'ai rompu vos discours d'assez mauvaise grâce, Vous le pardonnerez à l'aise de vous voir »
CORN.: « Mon abord importun rompt votre conférence »
MOL.: « Il rompt l'ordre commun, et devance le temps »
PASC.: « Ce passage pensa notre entretien »
MONTESQ.: « Une affaire qui survint au dervis rompit notre conversation jusqu'au lendemain »
    Rompre un tête-à-tête, survenir dans la compagnie de deux personnes.
GENLIS: « Que penseraient les domestiques, s'ils la voyaient recevoir un homme sans la demoiselle de compagnie qui n'est chez elle que pour les tête-à-tête ? »
    Rompre le sommeil de quelqu'un, éveiller quelqu'un, troubler son sommeil.
    Rompre le fil de son discours, passer tout d'un coup d'un sujet à un autre.
    Vous rompez, vous avez rompu le fil de mon discours, se dit à un interrupteur.
    Rompre le silence, mettre fin au silence.
FLÉCH.: « Un effort de douleur rompant enfin ce long et morne silence »
    Rompre le silence, signifie aussi cesser de se taire.
RAC.: « Tu frémiras d'horreur si je romps le silence »
RAC.: « Qu'attendez-vous ? rompez ce silence obstiné »
    Rompre quelqu'un, l'interrompre.
CORN.: « ....Tu n'es pas supportable De me sitôt.... »
SAINT-SIMON: « Le maréchal de Villeroy voulut le [le duc de Gesvres] en parlant à quelqu'un »
    Rompre la monotonie, empêcher que quelque chose ne soit monotone.
DIDER.: « Si l'artiste introduit une façade dans son tableau, il ne manquera pas d'en la monotonie par quelque artifice »
    Rompre l'eau à un cheval, l'empêcher de boire tout d'une haleine.

 24   Terme de commerce maritime. Rompre charge, transborder. Sans charge, sans transbordement.

 25   Rompre la mesure, faire qu'un vers n'ait pas sa mesure.
BOILEAU: « Et malheur à tout nom qui, propre à la censure, Put entrer dans un vers sans la mesure »

 26   Empêcher d'avoir lieu.
CORN.: « Ce prompt retour me perd et rompt votre entreprise »
CORN.: « Le ciel rompt le succès que je m'étais promis »
CORN.: « ....Ce qu'on diffère est à demi rompu »
MOL.: « J'en suis fâché, car cela rompt une pensée qui m'était venue dans l'esprit »
MOL.: « Je sais un sûr moyen Pour cet achat où tu pousses si bien »
MOL.: « Cet homme me rompt tout »
RAC.: « Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours, De des méchants les trames criminelles »
DELILLE: « Sachons ce qui peut ou servir ses projets »
    Rompre les desseins, les mesures de quelqu'un, empêcher qu'il ne les mette à exécution.
CORN.: « Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler, Quand il [le démon] ne les peut , il pousse à reculer »
MOL.: « Allons, madame, allons employer toute chose Pour le dessein que son coeur se propose »
SÉV.: « Si vous aviez été à Paris.... vous auriez rompu toutes mes mesures, je le sens »
BOSSUET: « Quand Assuérus, surpris par les artifices d'Aman, voulut exterminer tout le peuple juif, Dieu rompit ce dessein impie »
BOSSUET: « Que l'amour, qui semble aussi le vouloir troubler [le mariage de Marie-Thérèse et de Louis XIV], cède lui-même.... il y a des mesures prises dans le ciel qu'il ne peut »
    Rompre un enchantement, en détruire l'effet.
VOLT.: « Les prières de l'hermite Pierre et le mérite de la contrition de Renaud rompent l'enchantement [d'Armide] »
    Rompre un voyage, un départ, une promenade, une partie, les empêcher.
MOL.: « Elle vient me prier de souffrir que sa flamme Puisse un départ qui lui percerait l'âme »
MOL.: « À un rendez-vous qui dans ce lieu l'appelle »
DANGEAU: « 8 janvier 1686 : on assure qu'il a changé de résolution et que son voyage est rompu »
DANGEAU: « 4 mai 1686 : la pluie rompit cette promenade-là »
DIDER.: « Je rompis cette partie, où elle aurait été appréciée au-dessous de sa valeur »
    Rompre son dessein, son entreprise, y renoncer.
CORN.: « Je crois que Brute même, à tel point qu'on le prise, Voulut plus d'une fois son entreprise »
MOL.: « Je m'en vais réparer l'erreur que j'ai commise, Et, dès ce même pas, mon entreprise »
    Rompre son voyage, ne pas faire le voyage qu'on avait projeté.
SÉV.: « Je crois qu'il [Coulanges] n'en rompra pas [à cause du voyage de Rome] le voyage de Grignan »
J. J. ROUSS.: « Me voilà coupable encore pour n'avoir pas deviné son voyage, et n'avoir pas en conséquence rompu le mien »

 27   Détruire.
MALH.: « Il [Dieu] a rompu leurs piéges »
CORN.: « Un amant dédaigné souvent croit beaucoup faire, Quand il rompt le bonheur de ce qu'on lui préfère »
MALEBR.: « Des crimes qui rompent la société, qui abrégent la vie, et qui déshonorent Dieu en toutes manières »
BOSSUET: « Lui seul réunissait les gens de bien, rompait les liaisons des factieux »
BOILEAU: « Arnauld, des novateurs tu découvres la fraude, Et romps de leurs erreurs les filets captieux »

 28   Faire cesser, mettre fin à.
RÉGNIER: « Sa fureur à la fin rompit sa modestie »
CORN.: « Je t'ai voulu sur l'heure apprendre cet amour, Pour te tirer de peine et ta colère »
CORN.: « Mon amour généreux Qui d'un si grand héros rompt le sort malheureux »
FLÉCH.: « Comme la douceur, selon l'Écriture, rompt la colère, on peut dire aussi que l'humilité dissipe l'envie »
RAC.: « Ô Christ, ô soleil de justice, De nos coeurs endurcis romps l'assoupissement »
MASS.: « Pour revenir, il faut des inclinations que le temps a fortifiées »

 29   Rendre nul, en parlant d'amitié, de relations, de paix, de traité, etc.
CORN.: « Et soyez sûr que même le trépas Ne peut des noeuds que l'amour ne rompt pas »
ROTR.: « [Que] La Perse ait osé une paix si profonde »
BOILEAU: « Muse, redis-moi donc quelle ardeur de vengeance De ces hommes sacrés rompit l'intelligence »
MASS.: « Que cette âme renonce tout d'un coup à ses plaisirs, rompe les attachements les plus vifs.... »
VOLT.: « Penn] entre ces peuples [les sauvages d'Amérique et les chrétiens] qui n'ait point été juré, et qui n'ait point été rompu »
DIDER.: « Entre tous les liens qui serrent les hommes, un des plus difficiles à est celui du bienfait dont l'amour-propre est flatté »
    Rompre un mariage, un projet de mariage.
MOL.: « Argante : Cela m'aurait donné plus de facilité à ce mariage. - Scapin : Rompre ce mariage ? - Argante : Oui. - Scapin : Vous ne le z point »

 30   Manquer à une obligation, à un engagement.
CORN.: « Je romps une foi due aux secrets de ma reine »
RAC.: « Je sais de quels serments je romps pour vous les chaînes »
RAC.: « Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété »
DUCLOS: « En faisant ses voeux [de chanoinesse], elle [Mme de Tencin] songea aux moyens de les , et son directeur fut l'instrument aveugle qu'elle employa pour ses desseins »
    Faire .
CORN.: « Hélas ! je ne craignais que tes beautés de Grèce, Et je vois qu'une Scythe a rompu ta promesse »
CORN.: « Leur devoir violé doit-il le mien ? »
    Rompre le jeûne, enfreindre la loi du jeûne, en mangeant avant l'heure prescrite, ou en mangeant quelque chose de défendu.
SÉV.: « Ces petites incommodités qui vous ont servi de raison autrefois pour me le faire [le carême] »
    Rompre le jeûne, signifie aussi cesser de jeûner, manger après le jeûne.
MASS.: « Les premiers fidèles qui ne le rompaient [le jeûne] qu'après le soleil couché »
    Rompre sa prison, s'évader.
BOSSUET: « La Babylone dont il faut les prisons pour entrer ou pour retourner à notre patrie, c'est le monde avec ses plaisirs et ses vanités : c'est là que nous sommes captifs et errants »
    Rompre son ban, sortir des lieux où l'on était relégué.

 31   Fatiguer extrêmement.
BOSSUET: « J'ai fait quelques efforts pour me relever ; efforts inutiles qui m'ont rompu et ne m'ont pas soulagé »

 32   Dresser, accoutumer. Rompre quelqu'un au travail, aux affaires. Rompre la main d'un enfant à l'écriture.
J. J. ROUSS.: « Il le faut à l'âpreté des exercices »
    Rompre l'humeur, le caractère d'un enfant, le rendre doux et docile.
    Rompre un cheval, l'assouplir.
    Rompre le cou d'un cheval, l'obliger à plier l'encolure à droite et à gauche pour la rendre flexible, afin que l'animal obéisse aisément aux deux mains.

 33   V. n. Se casser, se briser.
CORN.: « Mon épée en ma main en trois morceaux rompit »
LA FONT.: « Les vents me sont moins qu'à vous [chêne] redoutables ; Je [le roseau] plie et ne romps pas »
SÉV.: « Un pressoir que l'on serre jusqu'à ce que la corde rompe »
SÉV.: « Notre essieu rompit hier dans un lieu merveilleux »
BOILEAU: « Il se peigne, il s'apprête ; L'ivoire trop hâté deux fois rompt sur sa tête »
LA BRUY.: « Les poiriers rompent de fruits cette année »
BUFF.: « Des poutres qui avaient chacune supporté, sans se , pendant un jour entier neuf milliers, avaient rompu au bout de cinq ou six mois sous la charge de six milliers »
BUFF.: « Des pièces de bois ainsi chargées n'ont pas rompu, mais elles ont plié considérablement »
    Les greniers rompent, ils sont pleins au point de s'enfoncer sous le poids.
P. L. COUR.: « Si nous mettions dans nos travaux la moitié de cette constance [des courtisans], nos greniers chaque année rompraient »
    Fig. Il rompra plutôt que de plier, il périra plutôt que de céder.
TRISTAN: « ....c'est un joug qu'à peine il recevra. - Je l'y forcerai bien ; s'il ne plie, il rompra »
    Il vaut mieux plier que , il vaut mieux céder, obéir que de se perdre.
    On verra beau jeu si la corde ne rompt, se dit de grandes espérances, de belles promesses.

 34   Terme militaire. Passer de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne. Rompre par divisions, par pelotons. Rompre à droite, à gauche.

 35   Terme d'escrime. Reculer. Rompez. Il rompit d'une semelle.

 36   Renoncer aux relations d'amitié avec quelqu'un.
CORN.: « Quel astre, de votre heur et du nôtre jaloux, Vous a précipité jusqu'à avec nous ? »
LA ROCHEFOUC.: « On a bien de la peine à quand on ne s'aime plus »
PASC.: « Ces passages me firent tant d'horreur, que je pensai là-dessus »
SÉV.: « Il [l'abbé de Valbelle] m'a dit.... que l'archevêque de Reims rompait à feu et à sang avec le coadjuteur [d'Arles], s'il ne venait avec vous »
BOSSUET: « Il fallait se réformer [dans l'Église, au XVI»ème siècle] ? qui ne le reconnaît ? mais il était encore plus nécessaire de ne pas
BOSSUET: « Ni les conseils de la Providence, ni l'état de la princesse ne permettaient qu'elle partageât tant soit peu son coeur.... il fallait ou tout à fait , ou se rengager tout à fait avec le monde »
LESAGE: « La patience nous échappa de part et d'autre, et nous rompîmes à l'amiable »
DESTOUCH.: « Nous romprons avec lui quand il n'aura plus rien »
VOLT.: « Toutes les mortifications qu'un roi de France peut donner à un pape sans de communion avec lui »
ID.: « J'ai rompu avec le genre humain pendant plus de six semaines, je me suis enterré dans mon imagination »
J. J. ROUSS.: « Résolu de avec Diderot pour jamais, je ne délibérai plus que sur la manière »
MARMONTEL: « Au lieu de dénouer insensiblement, je rompis, ce fut une très grande faute »
GENLIS: « Souvenez-vous qu'il est plus prudent de délier que de »
    Fig.
SÉV.: « Il est vrai que c'est mon ancien ami [le serein, Mme de Sévigné l'aimait beaucoup], et que j'ai peine à tout à fait avec lui »
BOSSUET: « Pourquoi m'es-tu donné, ô corps mortel, fardeau accablant, soutien nécessaire, avec lequel je ne puis avoir ni guerre ni paix, parce qu'à chaque moment il faut s'accorder, et à chaque moment il faut ? »
SÉGUR: « Il resta [auprès des bagages abandonnés] les plus faibles, les moins déterminés, ou les plus avares ; ceux qui ne surent point avec leur butin et quitter la fortune qui les quittait, ceux-là furent surpris [par les cosaques] dans leur hésitation »
    Rompre à tout, briser toutes relations.
MASS.: « Ils n'ont pas la force de se faire un désert du monde lui-même, nous leur disons qu'il est aisé de à tout quand on le veut ; et ils soutiennent qu'en le voulant ils n'en sauraient être les maîtres »

 37   Rompre, se dit du vin qui, laissé à l'air, change de couleur.

 38   Se , v. réfl. Être rompu.
SACI: « Ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait »
RAC.: « L'essieu crie et se rompt »
BUFF.: « Ce morceau de fil de fer a porté, avant de se , 482 livres »
BOISSY: « À deux postes d'ici ma chaise s'est rompue »

 39   Être réfracté. Les rayons se rompent en passant de l'air dans l'eau.
BUFF.: « Un trait de lumière qui passe à travers un prisme se rompt et se divise de façon qu'il produit une image colorée, composée d'un nombre infini de couleurs »

 40   Être brisé, se briser, en parlant des eaux, des flots.
VAUGEL.: « Les flots bruyants se rompaient en plusieurs endroits »
FÉN.: « N'entendez-vous pas la vague qui se rompt contre ces autres rochers ? »

 41   Perdre son ordre, son arrangement.
ROTR.: « Les astres font leur cours, le ciel ne se rompt pas »
PELLISSON: « Les bataillons du régiment des gardes, l'épée à la main, rompirent un grand bataillon des ennemis ; mais, en le rompant, ils se rompirent eux-mêmes »
BOSSUET: « Il lui [à la phalange macédonienne] faut des lieux propres, et pour ainsi dire faits exprès, et, à faute de les trouver, elle s'embarrasse elle-même, ou plutôt elle se rompt par son propre mouvement »

 42   Être défait, changé, rendu nul.
CORN.: « C'est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt, De nous vendre un peu cher les grands biens qu'ils nous font »
CORN.: « La ligue se romprait.... »
SÉV.: « Mandez-moi d'où vient que le marché de votre terre s'est rompu »
BOSSUET: « Ces mariages qui se rompent ou qui se concluent dans les comédies »
BUFF.: « Cette grande société que forment les vanneaux à leur arrivée, tend à se dès que les premières chaleurs du printemps se font sentir »

 43   S'accoutumer à. Se à la fatigue, aux affaires, au travail.
BOSSUET: « La main se rompt à écrire ou à jouer d'un instrument, c'est-à-dire qu'elle corrige une roideur, qui tenait les doigts comme engourdis »

 44   À tout , loc. adv. Tout au plus (sens qui a vieilli). à tout , on ne lui doit pas mille écus.
FURETIÈRE: « Il est vrai de dire qu'encore qu'elle [l'Académie française] fasse un dictionnaire grammatical, il n'y a que deux ou trois de ces messieurs, à tout , qui sachent la grammaire française et les premiers éléments »
    Avec éclat, avec transport (sens actuel). Applaudir à tout .

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XCIV: L'osberc [il] li rumpt entresque à la charn
    XIIème siècle
WACE: « De totes pars la mer l'asaut, Rompent cordes, li trés [mât] lor faut »
     Sax. IX: Puis i ont mis dou feu tout rasé [ras] un tonel ; Les douves sont enprises, si rompent li cercel
    XIIIème siècle
     Berte, LII: [Épines] Qui m'ont toute ma robe depecie et rompue
     la Rose, 11124: Tant qu'ainsinc Faussemblant raisonne, Amors de rechief l'araisonne, Et dist, en rompant sa parole....
BEAUMANOIR: « Et s'il y a beste liée, et ele ront son lien et va en damace »
DU CANGE: « Li devant dit home doivent [labourer] et gaagnier les terres aus us et aus coustumes dou païs »
RUTEB.: « Vous avez une goute vive ; Saint Ladres a rompu la trive, Si vous a feru el viaire »
     Ch. d'Ant. VI, 723: Cil qui sont sor le mur aval esgardé ont, L'eschiele virent route [rompue]
JOINV.: « Quant nous venimes là, nous trouvames que un vent fort ot rompues les cordes des ancres de sa nef »
    XIVème siècle
ORESME: « Adonques est l'amisté dissolue et roupte, puisque les choses ne leur sont faites pour lesquelles il amoient »
     Chr. de St-Denis, f° 47, dans LACURNE: Grans roches tresbucherent et rompirent de montaignes
    XVème siècle
JUVÉN.: « Et beaucoup de gens de bien estoient d'opinion qu'on attendist, cuidans le coup »
CH. D'ORL.: « Mais, au derrain, ne sçay comment Mon fait est venu au contraire ; Et à parler ouvertement Tout est rompu, c'est à reffaire »
     le Jouvencel, f° 57, dans LACURNE: Le mareschal dist : Monseigneur, ne rompez point l'alaine de vos gens
COMM.: « Ledit Morvilier lui rompoit tousjours la parolle »
COMM.: « Les hommes d'armes bourguignons rompirent leurs [propres] archiers et passerent par dessus.... ainsi rompirent eulx-mesmes la fleur de leur armée »
COMM.: « Ilz font un payement de trois moys, et puis rompent leur armée [licencient] »
COMM.: « Et taschoient à luy ses vivres, qui venoient par eaue du pays de Gueldres, contre-mont la riviere »
COMM.: « Et si luy fut rompue la pension qu'il prenoit de nous »
COMM.: « Le cardinal rompit [empêcha] que je ne m'en meslasse point »
    XVIème siècle
AMYOT: « Chascune de leurs trouppes, cuidant que les autres fussent en leur entier, se rompoit quand on l'alloit assaillir »
AMYOT: « Le peuple leur rompoit le cueur de pitié, quand.... »
AMYOT: « Il feit forger salades et morrions tous de fer bien polis par dehors, à fin que les espées glissassent au long, ou se rompissent en frappant dessus »
AMYOT: « Ilz leurs remonstrerent que l'occasion se presentoit de [entamer] la guerre contre les Romains ; eulx respondirent qu'ilz auroient honte de la , attendu qu'il y avoit trefves jurées entre eux pour deux ans »
AMYOT: « Si me semble que ce fut chose merveilleuse et de grand heur pour les Romains, que ceste guerre gauloise ne vint point à se [éclater] du temps que celle des Carthaginois duroit encore »
AMYOT: « Vous le voyez aller par la ville avec une pauvre robbe toute rompue et usée »
AMYOT: « On les voyoit incontinent recreuz et rompus du travail »
AMYOT: « La glace se rompoit et trenchoit les nerfs de leurs pieds »
AMYOT: « Le chemin rompoit de joyaux d'or et d'argent, et de chevaux que l'on y envoyoit »
MAROT: « ....ce propos dur et triste En cest endroit rompray pour le present »
DESPER.: « Il chut du haut d'une echelle et se rompit [se donna une hernie] »
RAB.: « Il y aura beau jeu, si la chorde ne rompt »
MONT.: « Il le fault à la peine et aspreté des exercices »
MONT.: « Se tourmenter et la teste des affaires d'aultruy »
MONT.: « Il n'osa les poursuyvre touts rompus et effroyez »
MONT.: « Rompre un marché »
MONT.: « Rompre la teste à tout le monde de ses genealogies »
O. DE SERRES: « Lors aura-on bon marché de [labourer] les prairies »
BRANT.: « Après cette prise de Saint-Jean, il vouloit bien passer plus outre et suivre messieurs les princes jusques en Gascogne et Languedoc, mais la reyne rompit ce coup »
BRANT.: « Combien avons nous veu depuis force huguenots s'estre convertis et faits bons catholiques ! les chemins en rompent »
PASQUIER: « Nous disons communement la paille ou le festu avec quelqu'un, quand nous nous disposons de l'amitié que nous avions contractée avec luy »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, rompi ; patois des Fourgs, rontre ; provenç. , rumpre ; catal. r ; espagn. romper ; ital. rompere ; du lat. rumpere ; sanscrit védique, rup, devenu en sanscrit classique lup, lumpâmi, je romps.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE ROMPRE. Ajoutez :

 45   à bois , tellement que le bois, les branches menacent de se . Les arbres sont chargés de fruit à bois . Il pleut à bois .

HISTORIQUE
    XIVème siècle Ajoutez :
J. LE BEL: « Quant vitaille fault, on ne poeut plus longuement durer ; si vault mielx estendre que »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je romps, tu romps, il rompt; nous rompons, etc. Je rompais. Je rompis. J'ai rompu. Je romprai. Je romprais. Romps. Que je rompe. Que je rompisse. Rompant. Rompu.") Briser, casser, mettre en pièces. "Rompre un coffre, une porte. Rompre un bâton, une baguette. Rompre un gâteau. Rompre son pain. Les enfants rompent tout. Un coup de vent a rompu le grand mât. C'est un homme violent, il menace de tout dans la maison. Il menaçait de lui bras et jambes. Il lui rompit sa canne sur le dos. Il a le bras rompu en deux endroits. Se une veine dans le corps. Se une côte. Il fit un effort qui lui rompit les reins. En tombant de cheval, il s'est rompu le cou."
Fig. et fam., "Rompre le cou à quelqu'un," Lui faire perdre ses espérances de fortune, d'avancement. "Il avait lieu de tout espérer à la cour, mais ses ennemis lui ont rompu le cou." On dit dans le même sens, "Se le cou par sa mauvaise conduite, par son imprudence." Ces phrases vieillissent.
En termes de l'Écriture, "Rompre le pain," Faire la cène, la communion. On dit de même, figurément, "Rompre le pain de la parole de Dieu aux fidèles," Prêcher la parole de Dieu.
"Rompre un criminel," Rompre les os des bras et des jambes à un criminel avec une barre de fer. "On l'a rompu vif. Condamné par arrêt à être rompu. On ne rompt plus les assassins en France."
En matière de Joutes et de Tournois, "Rompre une lance, la lance," Briser une lance en courant ou en combattant contre quelqu'un. "Ils rompirent deux lances, trois lances."
Fig., "Rompre une lance avec quelqu'un, contre quelqu'un," Disputer en règle avec lui sur quelque sujet.
Fig., "Rompre une lance pour quelqu'un," Prendre le parti de quelqu'un dans une conversation où il est attaqué. "J'ai rompu bien des lances pour vous."
Fig., "Rompre en visière à quelqu'un," Lui dire en face et brusquement quelque chose de désobligeant. "Il m'a rompu en visière."
Fig., "Rompre ses fers, ses chaînes," S'affranchir, s'évader, se mettre en liberté. "Rompre ses fers, ses chaînes, ses liens," Se dégager d'une passion, d'un attachement. "Il est délivré de cette passion, il a rompu ses liens. Il n'est plus dans cet engagement, il a rompu ses chaînes."
Prov. et fig., "Rompre la glace," Faire les premiers pas dans une affaire, dans une découverte, etc., en surmonter les premières difficultés. "Voulez-vous me seconder? je me charge de la glace. L'affaire était délicate, c'est lui qui a rompu la glace. Ce mathématicien est celui qui a rompu la glace, et qui a ouvert le chemin à toutes ces découvertes."
Prov. et fig., "Rompre la tête, les oreilles à quelqu'un," Lui faire trop de bruit, ou L'importuner par des discours inutiles et hors de saison. "Ces enfants sont trop bruyants, ils me rompent la tête. Vous nous rompez toujours les oreilles, la tête de la même chose." On dit aussi, "Se la tête à quelque chose," S'y appliquer trop fortement et inutilement.
"Rompre les chemins," Gâter les chemins. "Les pluies, le dégel, les charrois ont rompu les chemins. Les chemins sont fort rompus en hiver." On dit aussi, "Rompre les passages, les ponts, les gués," Les rendre impraticables, pour n'être pas atteint, lorsqu'on est poursuivi par l'ennemi. "Comme la cavalerie ennemie nous suivait, nous rompîmes les ponts."
Fig., "Rompre le fil de son discours," Quitter tout à coup la suite de son discours, et entrer dans un autre sujet. On dit aussi à un interrupteur, "Vous rompez, vous avez rompu le fil de mon discours."
Prov. et fig., "Rompre la paille," Annuler un accord, un marché, etc. "La paille est rompue." On dit aussi, par allusion, "Rompre la paille avec quelqu'un," Déclarer ouvertement qu'on n'est plus son ami. "J'ai rompu la paille avec lui."
En termes de Guerre, "Rompre un bataillon, un escadron, etc.," Enfoncer un bataillon, un escadron, le mettre en désordre. "Il fallut amener du canon pour les bataillons. Quand son infanterie eut été rompue. .. La première ligne des ennemis fut rompue."
En termes de Théorie, "Rompre les divisions, les pelotons," Partager les divisions en pelotons, les pelotons en sections, dans une colonne qui est en marche. On dit aussi, "Rompre le carré," Reformer en colonne une troupe qui formait le carré.
En termes d'Imprim., "Rompre une forme," Séparer les lettres qui la composent, et les remettre dans les cassetins. On dit plus ordinairement, "Distribuer."
En termes de Gravure, "Rompre une planche," La briser ou la rayer de manière qu'elle ne puisse plus servir.
Fig., "Rompre une assemblée, une diète," Faire cesser, congédier une assemblée, empêcher que la diète ne continue.
Fig., en termes de Guerre, "Rompre le camp," Renvoyer les troupes dans leurs quartiers.
Fig., "Rompre sa maison, son train," Congédier son train, sa maison; "Rompre sa table," Cesser de tenir table; et, "Rompre son ménage," Cesser de tenir ménage.
"Rompre l'eau à un cheval," Inter un cheval quand il boit, l'obliger à boire à différentes reprises. "Rompez l'eau à votre cheval, qui a trop chaud."
Au Jeu de trictrac, "Rompre son plein," Être obligé de lever une des deux dames qui complètent chaque case du plein.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Arrêter, détourner le mouvement droit de quelque corps. "Rompre le vent. Rompre le fil de l'eau. Rompre le cours de l'eau. Rompre la vague. Rompre l'impétuosité des vagues."
"Rompre un coup," En amortir l'effet. "Il se serait tué en tombant, sans une botte de paille qui a rompu le coup."
Aux Jeux de dés, "Rompre le coup," Arrêter, détourner une chance des dés, en les empêchant de rouler librement. "Je vous romps ce coup-là." On dit de même, "Rompre le dé. Il rompt le dé à tous moments."
Fig., "Rompre le coup," Empêcher le succès d'une entreprise. "Je réussissais, si quelqu'un n'avait secrètement rompu le coup. Vos ennemis allaient vous perdre; j'ai été assez heureux pour le coup. Vous avez rompu le coup, rompu un beau coup."
En termes d'Escrime, "Rompre la mesure à son adversaire," Le mettre hors d'état de porter le coup qu'il voulait; et simplement, "Rompre la mesure," Reculer en parant. On dit aussi, "Rompre la semelle," Reculer de la longueur du pied.
En termes de Chasse, "Rompre les chiens," Les arrêter, les empêcher de suivre une voie.
Fig. et fam., "Rompre les chiens," Empêcher qu'un discours qui pourrait avoir quelque inconvénient, ne continue. "Ils allaient continuer, mais quelqu'un a su les chiens."
Fig., "Rompre le dessein, les desseins de quelqu'un, lui ses mesures," Empêcher qu'il n'exécute son dessein, qu'il ne réussisse dans les mesures qu'il avait prises.
Fig., "Rompre un enchantement," En détruire l'effet, s'en délivrer, ou en délivrer quelqu'un.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en parlant D'amitié, de relations, d'alliance, de traité, etc., signifie figurément, Détruire, faire cesser, rendre nul. "Rompre l'amitié. Rompre la paix. Rompre des négociations. Rompre la conversation, l'entretien. Rompre le commerce qu'on avait avec quelqu'un. Rompre tout commerce de lettres. Rompre un traité, une alliance, un marché."
Il s'emploie absolument dans le sens de Renoncer à l'amitié, aux liaisons qu'on avait avec quelqu'un. "Ils ont rompu. Ils ont rompu ensemble. Ils ont rompu avec éclat. Il a rompu pour une bagatelle avec son meilleur ami."
Fig., "Rompre un mariage," Rompre un projet de mariage. "Rompre son voyage," Ne point faire un voyage qu'on avait résolu de faire.
Fig., "Rompre un tête-à-tête," Survenir dans la compagnie de deux personnes. "Nous dînons rarement seuls; il vient toujours quelqu'un qui rompt le tête-à-tête."
Fig., "Rompre le sommeil de quelqu'un," Éveiller quelqu'un, troubler le sommeil de quelqu'un.
Fig., "Rompre le silence," Cesser de se taire.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore figurément, Manquer à une obligation, cesser pour toujours ou momentanément de la remplir. "Rompre la clôture religieuse. Rompre le carême. Rompre sa règle, ses voeux. Rompre son serment, ses engagements."
"Rompre le jeûne," Enfreindre la loi du jeûne, soit en prenant quelque nourriture avant l'heure prescrite, soit en usant d'aliments défendus. "Les casuistes demandent si un verre d'eau rompt le jeûne, si du poisson mangé en collation rompt le jeûne."
"Rompre sa prison," S'évader; et, "Rompre son ban," Ne pas garder son ban, sortir des lieux où l'on était relégué, rentrer dans le pays d'où l'on était banni.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore figurément, Styler, dresser, exercer, accoutumer. "On l'a mis dans tel emploi pour le aux affaires, au travail. Rompre la main d'un jeune homme à l'écriture; le à l'écriture."
"Rompre la volonté, l'humeur, le caractère d'un enfant," L'accoutumer à être doux et docile.
En termes d'Équitation, "Rompre un cheval," Le débourrer, l'assouplir.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en Dioptrique, se dit Des milieux qui occasionnent la réfraction, qui obligent les rayons de lumière à se détourner de leur première direction. "Tous les corps transparents ont la propriété de les rayons de lumière qui y entrent."
Dans la Pratique du coloris, "Rompre les couleurs," Les mêler avec d'autres pour en adoucir l'éclat. "Dans la nature, les reflets rompent les couleurs; ces ruptures forment l'harmonie de la couleur."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel. "Il ne faut pas trop charger cette poutre, de peur qu'elle ne vienne à se . Les soupentes du carrosse se rompirent. Les flots se rompent contre le rivage. Les rayons se rompent en passant de l'air dans l'eau. Se à la fatigue, au travail, aux affaires."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est quelquefois neutre, et signifie, Se casser, se briser. "Cet arbre est si chargé de fruits, qu'il en rompt. Tous les arbres rompaient de fruits. Ne chargez pas trop cette poutre, elle rompra. Son épée rompit à la poignée."
Prov. et fig., "Vous verrez beau jeu, si la corde ne rompt," Vous verrez des choses qui vous surprendront, si les moyens dont on se sert pour les faire réussir ne manquent pas.
Prov. et fig., "Il vaut mieux plier que ," Il vaut mieux céder que de se perdre. "Il rompra plutôt que de plier," Il périra plutôt que de céder.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Théorie, se dit D'une troupe qui passe de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne. "Rompre par divisions, par pelotons, par sections. Rompre à droite, à gauche. Rompre par la droite pour marcher vers la gauche."




Emplacement dans le dictionnaire :

romantique
romantiquement
romantisme
romanzovite
romarin
roméine
romestecq
rompable
rompis

rompre en visière
rompt-pierre
rompu
rompure
ronce
roncer
ronchonner
roncin
rond
rond-de-cuir
rond-point




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...ennemi : ne vois-tu point orgueil gorgias mes brassards garnir à point, cuissards et tassette, et jusques à mon soleret qui point de gai courage ; et cet épieu que témérité en ma dextre a enté ! à rompre lances, armure mal opportune, (amour me dit) je n'ai que faux-semblants, mais ce sont d'une qui souvent couard te rendit. PÈL. PAS., JONCHÉE, PASSE-TPS Passe-temps blanc satin neuf, oeuf de couvée...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...voici qu'à présent le moment venu, cette hardiesse lui semblait extrême. L'idée seulement de le rencontrer, de le voir face à face au pied de ces marches la faisait trembler. Son coeur battait à se rompre... et dire que, d'un moment à l'autre, cette porte en bas allait s'ouvrir, -avec le petit bruit grinçant qu'elle connaissait bien, -pour lui donner passage ! Non, décidément, elle n'oserait jamais ;...


Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...assentiment du groupe, solennellement manifesté et subordonné à des conditions spéciales. On s'étonnera peut-être qu'un lien qui attache l'individu à la communauté au point de l'y absorber puisse se rompre ou se nouer avec cette facilité. Mais ce qui fait la rigidité d'un lien social n'est pas ce qui en fait la force de résistance. De ce que les parties de l'agrégat, quand elles sont unies, ne se...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...Si le plaisir n'est pas le bonheur, c'en est pourtant un élément. Or, il perd de son intensité en se répétant ; si même il devient trop continu, il disparaît complètement. Le temps suffit à rompre l'équilibre qui tend à s'établir, et à créer de nouvelles conditions d'existence auxquelles l'homme ne peut s'adapter qu'en changeant. à mesure que nous prenons l'habitude d'un certain bonheur, il...


Citation n°5 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...pour agonir (de sottises) ; il y en a bien d'autres, et on les constaterait surtout dans le langage des enfants. J'ai entendu : buver, cuiser, romper, pleuver, mouler, chuter pour boire, cuire, rompre, pleuvoir, moudre, choir. aujourd'hui, il est impossible de créer un verbe français qui ne se conjuge sur aimer. on a abandonné depuis longtemps tistre pour tisser, semondre pour semoncer ; imbiber...


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